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Maintenance 4 min de lecture

Superviser une machine qui n’a pas été prévue pour communiquer.

Le contrôle-commande de la turbine, un GE Speedtronic Mark IV, envoyait régulièrement ses états à une imprimante à aiguilles. C’est sur la sortie imprimante que nous avons branché la BOX. Nous avons décodé les signaux destinés au papier et rangé chaque valeur comme la mesure d’un capteur, sans rien modifier au système de contrôle. Il s’est passé moins de cinq mois entre l’étude de faisabilité et la livraison. La même méthode vaut pour bien des machines qui n’ont pas été prévues pour communiquer : écouter ce qu’elles disent déjà, mesurer à côté quand elles se taisent, et ne pas toucher à leur programme.

Deux mains tiennent un téléphone devant le pupitre d’un contrôle-commande ancien : écran de données, claviers et voyants. À droite, une armoire ouverte et un combiné téléphonique mural.
Un contrôle-commande GE Speedtronic Mark IV, dont Mobapi lisait les données sur la sortie imprimante.

Un répartiteur, posé sur le port de l’imprimante, envoyait à la BOX une copie de tout ce qui partait vers le papier. Le plus long restait à faire. Ces signaux étaient faits pour une imprimante, pas pour un logiciel : il a fallu les décoder pour en tirer des valeurs. Une fois traduites, nous les avons rangées et classées comme les mesures d’un capteur, avec leur historique, sur les mêmes écrans que le reste du parc.

Ce raccordement a intéressé au-delà du site : OFS, spécialiste irlandais de l’exploitation et de la maintenance de turbines, est venu voir l’installation Mark IV.

Puis la turbine a changé de contrôle-commande : le Mark IV a laissé la place à un Mark VIe. C’est cela, un rétrofit, au sens propre du mot. De notre côté, nous avons changé de connecteur. Nous avions lu la sortie imprimante de l’ancien système, nous avons lu le Modbus TCP du nouveau, et la turbine est restée sur le même écran.

Une machine ancienne parle presque toujours un peu, ne serait-ce qu’à son imprimante. Il faut savoir où écouter.

Ce qu’une machine sait déjà dire.

L’automate. Ses registres Modbus contiennent souvent des températures, des pressions, des compteurs d’heures ou des codes défaut. Sur une petite centrale isolée, c’est en Modbus que nous lisons les contrôleurs de groupes ComAp.

La supervision en place. Un vieux serveur OPC sous Windows, de la génération dite « Classic », bâtie sur la technologie COM/DCOM1, reste une source valable tant qu’il tourne. La migration vers OPC UA peut attendre. C’est ainsi que nous lisons des automates Schneider Modicon : en OPC DA, sur le SCADA Codra Panorama déjà en place.

Les signaux analogiques. Une sonde de pression, de température ou de débit qui sort en 4-20 mA2 se lit telle qu’elle est.

Les contacts et les compteurs. Un contact de défaut, un voyant de marche, un compteur : des informations simples, souvent les plus utiles.

Quand elle ne dit rien, on mesure à côté.

Certaines machines n’ont ni automate accessible ni sortie exploitable. Inutile alors d’ouvrir l’armoire pour reprendre le câblage interne. Un capteur de courant sur l’alimentation dit si la machine tourne et à quelle charge. Une sonde de température sur un palier, un capteur de pression sur une ligne d’air : la mesure se prend à l’extérieur, sans toucher au fonctionnement.

C’est moins élégant qu’une intégration complète, mais plus rapide et réversible.

Sur une machine muette, nous posons les capteurs qui manquent et nous les raccordons à la BOX, en 4-20 mA ou sur ses entrées numériques. L’équipement reste en place.

Il restera des valeurs qu’aucun capteur n’ira chercher, et qu’un technicien relèvera à la main pendant sa ronde. Celles-là aussi doivent rejoindre l’historique des machines : c’est le sujet de notre article sur les rondes papier.

Le règlement machines, et la ligne à ne pas franchir.

Modbus sert à surveiller des équipements, mais aussi à les programmer3. Le protocole permet donc d’écrire, et c’est à l’outil de supervision de s’interdire de le faire. Chez nous, la BOX travaille en lecture seule, par conception : elle n’envoie aucune commande aux équipements.

Le sujet prendra du poids le 20 janvier 2027, quand le règlement européen 2023/1230 sur les machines remplacera la directive de 2006. L’INRS4 résume sa définition de la modification substantielle : une modification, « par des moyens physiques ou numériques », non prévue par le fabricant, qui crée un nouveau danger ou augmente un risque. Celui qui la réalise est considéré comme fabricant, avec les obligations qui vont avec.

Une connexion qui se contente de lire, sans modifier ni le programme ni les fonctions de sécurité, paraît loin de cette définition. La conclusion appartient pourtant à l’exploitant, et un avis juridique vaut mieux qu’une certitude de fournisseur.

Sources.

  1. OPC Foundation, page « OPC Classic ».

    opcfoundation.orgRetour au texte

  2. Fluke, fiche « Comment mesurer un signal de boucle de courant 4-20 mA ».

    fluke.comRetour au texte

  3. Modbus Organization, foire aux questions.

    modbus.orgRetour au texte

  4. INRS, focus juridique sur le nouveau règlement machines (UE) 2023/1230, mis à jour le 20 octobre 2023.

    inrs.frRetour au texte

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